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L'aquaculture Nourrit Désormais Une Plus Grande Partie De La Population Mondiale Que Les Océans

L'aquaculture nourrit désormais une plus grande partie de la population mondiale que les océans

 

 

 

Un rapport du New World Agriculture Forum conclut que le principal obstacle à l'aquaculture pour les vingt prochaines années n'est pas la technologie, mais l'incapacité à déployer les solutions éprouvées là où elles sont nécessaires.

 

L’aquaculture mondiale est discrètement devenue la principale source d’aliments aquatiques au monde, supplantant les océans comme premier fournisseur de poisson destiné à la consommation humaine. Or, un nouveau rapport du Forum mondial de l’agriculture (WAF) alerte sur le net ralentissement de la croissance du secteur, précisément au moment où la demande mondiale continue d’augmenter.

 

Le rapport « L’essor de l’économie bleue : océans, aquaculture et avenir de la sécurité alimentaire » synthétise les données et les perspectives issues d’un dialogue politique de haut niveau organisé par la WAF, réunissant des représentants de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), du Conseil indien de la recherche agricole (ICAR), ainsi que des acteurs et investisseurs du secteur aquacole en Afrique et en Europe. Le rapport constate que la production mondiale d’aliments aquatiques a atteint un niveau record de 142 millions de tonnes en 2024, l’aquaculture fournissant désormais davantage d’animaux aquatiques destinés à la consommation humaine que la pêche de capture, dont la production est restée stable pendant près de vingt ans. La FAO prévoit toutefois que le taux de croissance annuel de l’aquaculture chutera de 60 % au cours de la prochaine décennie, passant de 4,0 % (2012-2022) à 1,6 % (2022-2032), en raison des contraintes hydriques, des maladies, du nombre limité de sites appropriés et du durcissement de la réglementation sur les rejets.

 

L'argument principal du rapport est que ce ralentissement n'est pas dû à un problème technologique. Des solutions éprouvées sont déjà rentables à l'échelle commerciale : en Inde, grâce à 75 ans d'investissements publics soutenus, le secteur aquacole est passé de moins d'un million de tonnes à près de 20 millions de tonnes ; au Ghana, les systèmes de biofloc exploités commercialement ont permis de réduire de vingt fois la consommation de terres et de trente fois la consommation d'eau, sans aucun rejet d'effluents ; et dans la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud, le détournement d'à peine 1 % des eaux d'irrigation existantes vers la pisciculture pourrait suffire à couvrir la totalité du quota national de merlu sauvage, sans nécessiter de nouvelles terres ni de nouveaux droits d'eau.

 

Ce qui manque, selon le rapport, c'est l'harmonisation nécessaire pour faire passer ces solutions des endroits où elles ont fait leurs preuves à ceux où elles sont le plus nécessaires : renforcement des capacités de gouvernance, structuration des investissements autour d'une valeur démontrée plutôt que de simples promesses, et inclusion des petits exploitants, des femmes et des communautés côtières qui constituent l'épine dorsale du secteur mais restent les plus systématiquement exclus de son financement et de sa prise de décision.

 

Le rapport formule neuf recommandations à l'intention des gouvernements, des investisseurs et des institutions internationales, parmi lesquelles l'alignement des politiques nationales sur les Directives de la FAO pour une aquaculture durable, le maintien d'investissements publics pluriannuels dans les infrastructures de recherche, la généralisation des systèmes de production circulaires et à zéro rejet, et la priorisation des investissements dans l'énergie et la chaîne du froid sur les marchés émergents tels que l'Afrique subsaharienne.

 

Le rapport conclut sur une note de prudence plutôt que sur un triomphe : la croissance du secteur ralentit à son propre rythme et ne s’arrêtera pas en attendant que la gouvernance rattrape son retard. Selon le rapport, la capacité de l’aquaculture à égaler les réussites des vingt dernières années dépendra moins des découvertes en laboratoire que des solutions concrètes mises en place entre le laboratoire et la ferme.

 

Publié dans : Actualité, en