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Flambée Des Prix Des Céréales Sur Les Marchés Internationaux : Une Facture Alimentaire Plus Salée

Flambée des prix des céréales sur les marchés internationaux : une facture alimentaire plus salée

Lors de son récent passage à la radio nationale, le ministre délégué chargé des Affaires économiques et générales, Nizar Baraka, avait déclaré que le gouvernement allait continuer à soutenir le pouvoir d'achat des citoyens. Cette déclaration intervient quelques semaines, le 17 février, après l’annonce faite par le directeur de la concurrence et des prix au ministère des Affaires économiques et générales, Hassan Bousselmam, de l’injection 15 milliards de dirhams supplémentaires à la caisse. Cette dernière aura donc consommé, depuis 2008 toujours selon la même source, 100 milliards de dirhams. Pour la seule année 2010, l'État a consacré 14 milliards de dirhams afin de préserver le pouvoir d'achat, soit l'équivalent de 2 % du PIB.

Mais cette enveloppe s’avérera être insuffisante. Dans sa lettre de conjoncture de décembre 2010, le Centre marocain de conjoncture (CMC) avait en effet averti : « L'enveloppe de 14 milliards dirhams, initialement consacrée à la compensation, a en effet été épuisée à partir du mois d'août, conséquence des cours plus élevés des cours de pétrole et du blé, conjuguée à l'appréciation du taux de change du dollar. » Voilà ce qui est dit. L’envolée des prix du blé sur les marchés internationaux, conjuguée à la flambée du prix du baril de pétrole, cause de graves préjudices à l’économie nationale. Afin de stabiliser les prix des produits de première nécessité (farine, pâte alimentaire, huile, sucre…), elle-même garante de la stabilité sociale, l’État marocain a choisi de subventionner ces produits dans un contexte, national et international, défavorable.

Le Maroc est le dixième importateur mondial de céréales (toutes espèces confondues) et a vu, selon une note rendue publique en mars dernier par de la Direction de la planification et des études financières (DPÉF, relevant du ministère de l'Économie et des Finances) sa facture alimentaire davantage salée: « En janvier 2011, la facture alimentaire a augmenté de 65% sur un an pour s’établir à 3,3 milliards de dirhams en raison de la hausse des volumes importés en maïs, blé, sucre et huiles végétales brutes. »

Malgré la succession de deux campagnes agricoles favorables, durant lesquelles le seuil du million de quintaux engrangés a été dépassé (prouesse essentiellement due à des épisodes météorologiques favorables marqués par de forte pluviométrie)



Le sirocco russe



Les raisons de ces envolées des prix sont à chercher, dans une moindre mesure, dans la fabrication des biocarburants. En 2008, l’OCDÉ notait que « l’impact des politiques en vigueur sur les prix mondiaux des produits végétaux, lié essentiellement à l’essor de la demande de céréales et d’huiles végétales, a son importance mais ne devrait pas être surestimé. La hausse des prix entraînée dans les 10 années à venir est estimée, à 5% pour le blé, 7 % pour le maïs et 19 % pour les huiles végétales.» Par ailleurs, et même si la France constitue les deux tiers des importations marocaines en céréales, la sécheresse qui avait frappé, la Russie l’année écoulée qui ont eu pour conséquences l'embargo sur les exportations de blé russe a conduit à une hausse des cours de près de 70 %. Après un pic à 232 euros la tonne, le prix du blé se maintient autour de 210 euros.

À cette tendance haussière est venue se greffer une demande plus importante sur les céréales.

Fin février dernier, écrit la DÉPF, les importations cumulées de céréales ont atteint près de 40,1 millions de quintaux en progression de 58% par rapport au même mois de la campagne précédente, principalement à cause du blé tendre, qui constitue près de la moitié de ces approvisionnements.

En conclusion, pour satisfaire la consommation des Marocains en céréales, l’État a du pain sur la planche

Par ailleurs, pour maintenir les prix du blé à un niveau acceptable, le gouvernement a décidé de suspendre les droits de douane à l’importation et d’adopter un système de restitution au profit des importateurs (celle-ci est fixée début mars à 70 dirhams le quintal de blé tendre).



Le prix de la compensation



Cette stabilisation des prix au profit du consommateur est du ressort de la Caisse de Compensation, alimentée selon le dahir royal du 10.10.1977, par les prélèvements au profit de la Caisse, les subventions de l’État, les avances du trésor, d’organismes publics ou privés; le produit des amendes administratives perçues à son profit, et enfin, le produit des emprunts obligatoires.

Mais cette dotation a fondu comme neige au soleil bien avant la clôture de l'exercice précédent. Cette situation de déficit a fait écrire au 21 mars Dans sa dernière note de conjoncture) relève que la balance commerciale des produits alimentaires s'est détériorée suite à la conjugaison de deux facteurs que sont la flambée des prix à l'international et la rétraction des exportations.

Ainsi, la DPÉF souligne la forte hausse des importations de céréales, accentuée par la flambée des cours mondiaux.

En janvier 2011, les importations énergétiques ont augmenté de 33% suite à la hausse des cours mondiaux. Elles se sont établies à près de 7 milliards DH représentant 26,5% des importations totales de marchandises contre 25% en 2010.

D'autre part, poursuit la DPÉF, les exportations des produits alimentaires ont reculé en janvier de 13% à 2,2 milliards DH, suite notamment « au repli des ventes de tomates fraîches (-53 %), des agrumes (-19%) et des crustacés, mollusques et coquillages (-22 %) ». En somme, conclut la DPÉF, la balance alimentaire a affiché un solde déficitaire d’1 milliard en janvier 2011, contre un excédent d’environ 1 demi-milliard en janvier 2010.



Les mesures prises



Cependant, elle rappelle également que le gouvernement a décidé en février d’allouer 15 milliards supplémentaires au budget de la Compensation pour le porter à 32 milliards.

Par ailleurs, pour maintenir les prix du blé à un niveau acceptable, le gouvernement a décidé de suspendre les droits de douane à l’importation et d’adopter un système de restitution au profit des importateurs (celle-ci est fixée début mars à 70 DH le quintal de blé tendre).

Le CMC évalue à 3,2 % du PIB le coût définitif de l'effort de soutien aux prix alors qu'une source au ministère de l'Economie et des finances estime à 14 milliards DH le déficit à combler. En conséquence de quoi, la compensation a donc coûté le double de ce qui était initialement prévu.

Sur ce chapitre, il est nécessaire de souligner qu'une augmentation de 5 dollars US, par exemple, du prix du baril de pétrole se traduit au niveau national par un surcoût de 300 millions pour la Caisse de compensation. Par ailleurs, les fluctuations du prix de l'or noir rendent très difficiles, voire impossible, les prévisions quant aux besoins de cette caisse. En effet, depuis 2004 les charges de la compensation varient de 10 à 31 milliards DH.

Mais signalons que la capacité d'endettement interne n'est pas épuisée et représente 50 % du PIB, alors que dans les pays européens cet endettement varie entre 80 et 100 % du PIB.

17 milliards, et un déficit à prévoir

Pour cette année, le budget alloué à la Caisse de compensation est de 17 milliards DH selon la loi de Finances 2011, calculée sur la base d'un baril de pétrole à 75 dollars US, une base qui semble bien éloignée des cours actuels. A ce propos Fatih Biro, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIÉ) souligne que « le cours pourra faire des zigzags dans l’avenir selon les données économiques, mais la tendance générale est à une hausse des prix du pétrole. » Actuellement cédé à 90 dollars, le baril en a pris 10 depuis le 1er janvier et pourrait atteindre les 100 dollars.

De plus, la variation du taux de change du dollar à elle seule a entrainé une augmentation des charges de 6 milliards de dirhams en 2010. Un déficit, encore un, de la Caisse est donc à prévoir.

A. R.

Publié dans : Actualité, en